Déraciner le racisme !

  • 08. août 2018
  • air du temps
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La France a gagné la coupe du monde de football. Magnifique victoire d’une équipe solidaire, performante. Dans la foulée, des réactions racistes pathétiques ont fleuri sur les réseaux sociaux et dans la presse. En Italie, le Corriere de la Serra[1] a osé écrire que la France était une équipe: « pleine de champions africains mélangés à de très bons joueurs blancs face à une équipe seulement de blancs». Mais qu’est-ce que la couleur de peau vient faire là-dedans? Pogba est né en Seine-et-Marne, Mbappé à Paris, etc. Ces joueurs sont français. Ils sont nés en France, sont allés à l’école républicaine, font la fierté de tout un pays, étant des exemples de conduite pour diverses générations. Distinguer les joueurs de football en fonction de leur couleur de leur peau est une dégueulasserie sans nom. Leur coller une « origine » aléatoirement placée au sud ou au nord de la Méditerranée en fonction de leur pigmentation est purement et simplement raciste.

 

Le lieutenant-colonel se lâche sur les réseaux sociaux  

Certains sont allés plus loin. A Genève, un avocat en vue, lieutenant-colonel à l’armée, a publié, sitôt la victoire français connue, la photo d’un jeune orang-outan tenant le trophée du Mondial de football entre ses pattes.[2] Il a fallu une véritable tempête sur les réseaux sociaux, l’activisme et l’indignation de nombreuses personnes pour que l’affaire secoue les consciences, tirer la sonnette d’alarme. La presse (4 jours après quand même) a repris à son tour cette publication offensante et inacceptable.

La banalisation du racisme affichée par de gens bien en vue fait peur. Cela laisse entrevoir l’ampleur du phénomène du racisme en Suisse et le sentiment d’impunité que certains ressentent.

 

Le racisme fleurit en Suisse

Cela m’interpelle que l’information aie d’abord dû sortir dans un journal national, le Blick[3], avant qu’il y ait reprise dans la presse romande. Seul Radio Lac s’était saisi de l’affaire. Son rédacteur en chef intervenait en son nom propre, invoquant le « travail journalistique », pour ne pas juger trop rapidement cette publication, entamant plutôt le procès des réseaux sociaux qui auraient, selon lui, lynché le triste auteur de la publication diffamante. L’indignation de Manuel Tornare, président de la Licra Genève y faisait fortement contrepoids.[4] La Commission fédérale contre le racisme a été également très claire. Pour elle, il est évident que sur la photo postée par le lieutenant colonel en question, les noirs y sont représentés comme des singes. «Ce n’est pas une caricature, c’est clairement raciste», a affirmé sa présidente Martine Brunschwig Graf. La publication d’une telle image est inacceptable.[2]

C’est inquiétant qu’il faille à ce point insister, hurler, pour que le racisme soit dépouillé de tout manteau de classe ou de prestige, pour apparaître tout nu pour ce qu’il est: une violence faite à autrui.

Cela illustre bien la banalisation du racisme en Suisse. Cela doit nous oblige à réagir pour contrer l’emprise du racisme, ses stratégies de dilution dans « l’humour » ou la banalisation, ses complicités dans toutes les classes sociales, et cette incroyable facilité, de toujours blâmer les victimes, stratégie pour les agresseurs de brouiller les pistes.

 

Le renversement de la preuve

Faire des agresseurs des victimes, et renverser le fardeau de la preuve est une stratégie éprouvée. Quand l’on dénonce des agissements de racistes, on se voit opposer les arguments de « chasse aux sorcières » ou de « lynchage médiatique », comme si la personne qui poste publiquement une photo d’un jeune orang-outan tenant le trophée du Mondial entre ses pattes ne mérite pas d’être identifié et dénoncé. On retrouve les mêmes mécanismes à l’oeuvre dans le sexisme. Au final, les victimes de sexisme doivent prouver, démontrer, contre vents et marées, et parfois médias ou pouvoirs politiques, que ce ne sont pas elles qui l’ont bien cherché mais qu’elles sont des victimes d’agissements inacceptables et pénalement condamnables dont une majorité silencieuse préférerait ne rien savoir ni entendre.

 

Rappelons-le encore, et encore, le danger pour notre belle Suisse n’est pas sa diversité, mais bien la xénophobie, le racisme et le sexisme de certains locaux.

 

Déracinons le racisme avant qu’il ne nous enterre, car il ne cesse de progresser en Suisse[6] et ses armes sont bien développées : la « blague », l’humour, le renversement du rôle d’agresseur en victime, la banalisation généralisée, le déni.

Bravo à toutes celles et ceux qui haussent la voix, s’engagent et se mobilisent pour déraciner cette idéologie d’un autre temps.

Rappelons l’existence de la norme pénale contre la discrimination raciale (article 261bis du Code pénal).

Continuons de dénoncer, exposer et faire condamner les racistes et leurs nauséabondes productions.

 

 

[1]https://www.lesechos.fr/industrie-services/services-conse…

[2]http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Un-officier-gene…

[3]https://www.blick.ch/news/schweiz/hetze-gegen-frankreichs…

[4] https://www.radiolac.ch/podcasts/club-radio-lac-17072018-…

[5]https://www.tdg.ch/suisse/officier-genevois-derape-photo-…

[6]https://www.rts.ch/info/suisse/9470235-le-nombre-d-actes-…

[7]http://www.ekr.admin.ch/themes/f154.html

 

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