La Suisse raciste et sexiste existe, on l’a rencontrée

  • 02. août 2017
  • air du temps
  • 2 commentaires

Loin du mythe harmonieux d’une Suisse unie, accueillante et joyeuse que l’on va nous servir sur tous les tons en ce jour de fête nationale, il est une Suisse raciste, réactionnaire et sexiste qui ne perd pas une occasion d’éructer. Un mot de la conseillère nationale Ada Marra sur Facebook l’a massivement fait sortir du bois. 

Par une réflexion personnelle, sur ce qu’est LA Suisse pour chacun-e, Ada Marra nous invite à considérer ce pays avec un regard qui n’est pas celui du nationalisme béat, mais avec un esprit critique sur les mythes helvétiques.

Ada Marra comme révélateur

Parce qu’elle est une femme, parce qu’elle énonce une parole qui ne marche pas au pas, parce qu’elle a le malheur d’avoir des parents qui ne sont pas nés dans l’Emmenthal, qu’elle réfléchit vite et bien, Ada Marra s’est vu sommer de la boucler, par ce qu’il faut bien nommer une meute s’autorisant l’insulte, la violence, avec une virulence qui fait froid dans le dos.[1]

Plus de 1100 commentaires, 200 partages, dont un grand nombre relevant clairement du code pénal. Si LA Suisse n’existe pas, une Suisse raciste et sexiste est bien présente. Le mot d’Ada Marra l’a démontré. Et encore, Ada Marra est catholique. Si elle était musulmane, qu’aurait-elle reçu en plus comme insultes et violences? Aurait-elle même osé s’exprimer ? Il est insupportable d’imaginer qu’en Suisse, une meute fasse régner l’intimidation et la violence et se donne pour mission de réduire au silence la démocratie.

Une haine profonde qui prétend aimer la patrie

On pourrait incriminer les réseaux sociaux, leur « désinhibition », et la facilité avec laquelle ceux-ci permettent de dire n’importe quoi. Ce serait une erreur. Le mal est plus profond que l’usage d’une technique. Non, ce n’est pas de la responsabilité des réseaux sociaux s’il y a du racisme et du sexisme. Ce qui s’exprime là, c’est ce que certaines personnes pensent, croient : on peut menacer de mort une femme en Suisse, parce qu’elle ne pense pas comme vous! Et la meute d’applaudir, et la meute de se chauffer et de malmener la démocratie, nos valeurs de dialogue et d’échange.

Cette partie haineuse fait notre honte. Elle s’est aussi exprimée à Genève. Une frange raciste vilipendant la Ville de fêter le premier août main dans la main avec le pays du Bénin. Cette partie haineuse se pare par ailleurs d’une apparence normale parfois charmante: un boulot, de jolis sourires, de bonnes blagues, parfois une appartenance à un parti politique, et des sympathies. Or, on peut être « bien sous tous rapports » et d’un racisme crasse. On peut être agent du racisme et du sexisme ordinaire, et dire « hop Servette ou hop Suisse », cela ne s’oppose pas. C’était la leçon du fascisme dans les années 30 : un être humain peut pleurer sur de la musique de Beethoven, cultiver son jardinet, et faire disparaître des gens.

Mettre la tête dans la fondue pour oublier?

Est-ce que l’on doit mettre la tête dans la fondue et dire : « je ne suis pas sur facebook, je ne lis pas ces commentaires« , ou : « ce ne sont que des mots, c’est pas si grave« , ou pire que cela appartiendrait à la liberté d’expression d’insulter, dénigrer, menacer?

La Suisse raciste et sexiste existe, on l’a rencontrée en ce jour de fête nationale par le biais de ces mille mots venimeux déversé sur une conseillère nationale. Il est impossible de laisser ces propos maltraiter les valeurs que l’on honore en ce jour, ni leur laisser gagner encore du terrain sans réagir. La Suisse, propre sur elle et bien sous de nombreux rapports, a par ailleurs un visage grimaçant et acide.

L’union fait la force

Par amour et respect pour la Suisse, les propos racistes et sexistes doivent être dénoncés, combattus par le dialogue, la persuasion, et l’usage des lois. Les voix appelant, comme celle d’Ada Marra, à la liberté d’expression et à la diversité des points de vue, doivent continuer à se faire clairement entendre, sans se laisser intimider par la violence.

Les agents d’une Suisse raciste et sexiste existent. On les a rencontrés, et ça fait mal. Nous ne les laisserons pas défigurer notre beau pays.

Surtout, nous ne laisserons pas Ada Marra et toutes les cibles du racisme et du sexisme faire face seules à la meute.

[1] http://www.lematin.ch/suisse/torrent-insultes-ada-marra/story/30712717

 

2 commentaires au sujet de La Suisse raciste et sexiste existe, on l’a rencontrée

  1. Lucien Barrillier

    Je suis tenté de vous répondre, malgré le bon sens, qui me laisse penser que je vais participer à une querelle sans intérêt général. Quel curriculum vitae pour votre part! Pour la mienne je dirais: petit fils de paysan vaudois, né à Genève. Je reste interloqué à ce titre sur votre déclaration à propos de nos liens plus étroits entre genevois et béninois, qu’avec les autres confédérés.
    Et bien je ne connais pas de béninois, mais des des confédérés oui. Ceci dit, il y a probablement un béninois grisons dans mes amis, qui parle mieux le romanche que moi. Et ce béninois, effectivement, a beaucoup de choses en commun avec moi!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *